Tentative amiable obligatoire avant de saisir le juge
Pour un litige portant sur une somme jusqu'à 5 000 € ou sur un conflit de voisinage, il faut en principe avoir tenté une solution amiable avant de saisir le tribunal judiciaire : conciliation par un conciliateur de justice, médiation ou procédure participative. À défaut, le juge peut déclarer la demande irrecevable, même de sa propre initiative.
Cette obligation, créée fin 2019, a été annulée par le Conseil d'État en septembre 2022 faute de précision suffisante, puis rétablie par un décret du 11 mai 2023 pour les instances introduites depuis le 1er octobre 2023. Voici les litiges concernés, les exceptions et la lettre pour saisir gratuitement un conciliateur de justice.
Quels litiges exigent une tentative de règlement amiable ?
- Les demandes en paiement d'une somme n'excédant pas 5 000 € portées devant le tribunal judiciaire.
- Les litiges de voisinage relevant du tribunal judiciaire : troubles anormaux (bruit, odeurs), bornage, distances de plantations, élagage, servitudes, curage des fossés.
La tentative peut prendre trois formes : une conciliation menée par un conciliateur de justice, une médiation (y compris une médiation de la consommation, voir la médiation de la consommation) ou une procédure participative conduite avec l'assistance d'avocats.
Les exceptions à l'obligation
Vous pouvez saisir directement le juge dans les cas suivants :
- l'une des parties demande l'homologation d'un accord déjà trouvé ;
- un recours préalable doit obligatoirement être exercé auprès de l'auteur d'une décision, par exemple une administration ;
- l'urgence, les circonstances de l'espèce ou l'indisponibilité des conciliateurs dans un délai raisonnable justifient de s'en dispenser ;
- le juge ou l'autorité administrative doit, selon un texte particulier, procéder lui-même à une tentative préalable de conciliation ;
- le créancier a vainement engagé une procédure simplifiée de recouvrement des petites créances auprès d'un commissaire de justice.
Si vous invoquez un motif légitime, comme l'absence de conciliateur disponible, conservez-en la preuve : le juge l'appréciera.
Saisir un conciliateur de justice : mode d'emploi
Le conciliateur de justice est un auxiliaire bénévole, nommé par le premier président de la cour d'appel. Son intervention est gratuite. Vous le trouvez sur le site des conciliateurs de France, auprès du tribunal judiciaire ou en mairie, où il tient souvent ses permanences. La saisine se fait par formulaire en ligne, courrier, courriel ou en se présentant à une permanence.
Le conciliateur convoque les parties, les écoute et les aide à trouver un accord. Si un accord est trouvé, il établit un constat signé des parties, qui peut être rendu exécutoire par le juge. En cas d'échec ou si l'adversaire ne se présente pas, il délivre un constat d'échec : conservez-le, il prouve votre tentative devant le tribunal.
Bien préparer la tentative amiable
- Adressez d'abord une mise en demeure écrite et datée à votre adversaire : c'est souvent elle qui débloque la situation.
- Rassemblez les pièces : contrat, factures, échanges écrits, photos, attestations de témoins.
- Chiffrez votre demande précisément, poste par poste.
- Venez à la réunion avec une marge de négociation réaliste : une conciliation suppose des concessions réciproques.
Si votre adversaire est un professionnel, le recouvrement d'une petite créance peut aussi passer par un commissaire de justice.
Modèle de lettre
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[Prénom Nom]
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[Code postal Ville]
[Téléphone]
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Conciliateur de justice
[Lieu de permanence du conciliateur]
[Adresse du destinataire]
[Code postal Ville du destinataire]
[Ville], le [Date]
Lettre simple, courriel ou formulaire en ligne
Objet : Demande de conciliation – litige avec [nom de la partie adverse]
Madame, Monsieur le Conciliateur,
Je sollicite votre intervention pour tenter de résoudre à l'amiable le litige qui m'oppose à [nom de la partie adverse], demeurant [adresse de la partie adverse].
Ce litige porte sur [objet du litige : somme due, travaux mal exécutés, trouble de voisinage, limite de propriété]. Les faits sont les suivants : [exposé bref et daté des faits].
J'ai adressé le [date de la mise en demeure] une mise en demeure à [nom de la partie adverse], restée [sans réponse / sans effet]. Je souhaite obtenir [demande précise, par exemple le paiement de montant en euros ou la cessation du trouble].
Je me tiens à votre disposition pour une réunion aux dates qui vous conviendront.
Je vous prie d'agréer, Madame, Monsieur le Conciliateur, l'expression de mes salutations distinguées.
[Prénom Nom]
Signature
Pièces jointes : copie de la mise en demeure, factures, photos ou autres justificatifs
Questions fréquentes
Que se passe-t-il si je saisis le tribunal sans tentative amiable ?
Votre demande risque d'être déclarée irrecevable, ce que le juge peut relever d'office. Vous devrez alors engager la tentative de règlement amiable puis recommencer la procédure, avec une perte de temps et parfois de frais. Vérifiez donc cette condition avant toute requête.
Le conciliateur peut-il imposer une solution ?
Non. Le conciliateur n'est pas un juge : il aide les parties à trouver elles-mêmes un accord. Chacune reste libre de refuser. Il ne peut pas non plus contraindre votre adversaire à se présenter, mais son absence sera consignée dans le constat d'échec.
Combien de temps dure une conciliation ?
La durée dépend de la disponibilité du conciliateur et des parties. Une première réunion intervient souvent dans les semaines suivant la saisine. Si aucun conciliateur ne peut vous recevoir dans un délai raisonnable, cette indisponibilité peut constituer un motif légitime pour saisir directement le juge.
Textes de référence
- Décret n° 2023-357 du 11 mai 2023 relatif à la tentative préalable obligatoire de médiation, de conciliation ou de procédure participative
- Code de procédure civile, dispositions relatives à la tentative préalable de règlement amiable
- Conseil d'État, décision du 22 septembre 2022 annulant la version antérieure du dispositif